Pourquoi le service N-Gage a échoué
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Pourquoi le service N-Gage a échoué

par Leulier le 02/11/2009
Pourquoi le service N-Gage a échoué
N-Gage

L'annonce de la fin du service N-Gage n'a pas vraiment été une surprise pour tout ceux qui suivaient l'actualité des jeux sur téléphone mobile. Pourquoi le service N-Gage a échoué alors qu'il partait avec de sérieux atouts ?

Nous avons tenté de rassembler les différentes raisons possibles de cet échec de Nokia.

Le concept

Petit rappel du principe du service N-Gage : il s’agit d’offrir aux possesseurs de téléphone multimédia haut de gamme Nokia des jeux de qualité supérieure aux jeux Java ou Symbian classiques. Le service N-Gage propose de nombreuses fonctionnalités innovantes comme la possibilité de tester tous les jeux avant de les acheter via des versions d’essai gratuites et un ensemble de services communautaires à la "Xbox Live" : liste d’amis, messages privés, ladders, succès et points.

N-Gage est donc un véritable service de jeu pour gamer sur téléphone portable. Si les jeux sur téléphone portable attirent incontestablement un public important, les tops des ventes sont le plus souvent composés de jeux très « casual ». Un choix audacieux de la part de Nokia donc.

La marque N-Gage

Si le service N-Gage est resté quasiment inconnu du grand public et même d’une grande partie de la presse jeux vidéo, ce n’est pas le cas de son prédécesseur du même nom : la console N-Gage.

La N-Gage première du nom, lancé en 2003, ainsi que sa deuxième version, la N-Gage QD ont bien marqué les esprits, mais pas vraiment en bien. Abandonnée en 2006 suite à un échec commercial pour Nokia, la N-Gage restera pour beaucoup le téléphone ou l’on parle sur le coté. La page wikipedia « N-Gage » ne mentionnerait probablement même pas le service si je ne l’avais pas ajouté moi-même l’année dernière.

Pour faire un bilan de l’image de marque de « N-Gage » fin 2006 : inconnue de la grande majorité du grand public, raillée par une grande partie de ceux qui savent ce que c’est, et aimée par une infime communauté de fans. Dans ces conditions, difficile de comprendre pourquoi Nokia a choisi de conserver la marque pour son nouveau service de jeux.

Les problèmes techniques

Annoncé en 2005 et initialement prévue pour début 2007, le service N-Gage voit finalement le jour avec plus d’un an de retard, et uniquement sur les téléphones N81. La disponibilité de l’application s’étend progressivement aux différents modèles « N-Series » de Nokia, notamment son best-seller, le N95.

Mais l’important retard de l’application N-Gage a une conséquence de taille : elle n’a pu être pré-installée sur les modèles compatibles. Pour profiter des jeux N-Gage, un utilisateur de N95 doit donc être courant de l’existence du service, se rendre (depuis un PC !) sur le site n-gage.com, télécharger l’application N-Gage. Puis, à l’aide du logiciel Nokia Software installer, transférer et installer l’application sur son téléphone (en prenant garde de l’installer au bon endroit).

Autant dire que pour l’utilisateur moyen qui n’a pas acheté son téléphone pour ça, c’est beaucoup d’efforts pour a priori pas grand-chose, puisque des jeux il peut déjà en télécharger facilement depuis le portail de son opérateur...

Pas d’accord avec les opérateurs

Nokia n’a jamais trouvé d’accord avec la majorité des opérateurs. Ni au niveau facturation, ni en termes de visibilité. Il en résulte que les jeux N-Gage ne pouvaient pas être payés par SMS ou sur la facture opérateur et devaient donc être payés par carte bancaire sur le site N-Gage. Et sur les portails des opérateurs, dans les jeux proposés pour les téléphones compatibles N-Gage, seuls les jeux Java (ou Symbian) figurent.

Le catalogue de jeux

Le catalogue de jeux N-Gage au lancement est composé de titres publiés par Nokia et de titres publiés par les plus grands éditeurs de jeux mobile (EA Mobile, Gameloft, Glu). Mais rapidement, à quelques exceptions près, les jeux N-Gage se divisent en deux catégories. D’un coté les jeux commandés et édités par Nokia sont d’excellents jeux à beaucoup de niveaux et offrent soit des expériences de jeux véritablement innovantes, soit des jeux plus classiques mais vraiment bien réalisés.

De l’autre coté les jeux des éditeurs tiers ne sont le plus souvent que des simples portages de jeux Java qui n’exploitent pas du tout les possibilités de la plate-forme (mais qui sont vendus de 3 à 7 € plus cher). Et la raison est simple : à moins de réduire au maximum les couts de développement, un jeu N-Gage n’est pas rentable pour l’éditeur, à cause des très faibles volumes de ventes.

Alors que tous les éditeurs présents sur N-Gage nous envoient des infos pour la sortie de leurs titres sur mobile ou sur iPhone, les annonces concernant les jeux N-Gage sont uniquement envoyées par Nokia.

Au final la plate-forme aura vu passé d’excellents titres comme One, deux épisodes de « Dirk Dagger », un Reset Generation et Worms World Party ou Age of Empires III proposant du multijoueur en ligne, mais en dehors des semaines de sorties, le « top 5 » était principalement dominé par Tetris et World Series of Poker Pro Challenge.

L’iPhone : le coup de grâce

Malgré tout les problèmes évoqués précédemment, en 2008 à la question "quel téléphone choisir pour jouer ?" nous aurions sans doute répondu "un Nokia compatible N-Gage".

Mais aujourd'hui la question ne se pose même plus tant l'iPhone est au dessus de ses concurrents en termes de capacité de jeu, de richesse du catalogue, de facilité d’achat des jeux. Et même si les critiques possibles sont nombreuses, il s’agit incontestablement d’une réussite d’Apple à ce niveau là. La dernière fonctionnalité manquante aux jeux iPhone par rapport aux jeux N-Gage - l’aspect « Xbox Live » - est en train d’arriver en force sur iPhone, et ça ne coute absolument rien à Apple, puisque les développeurs s’en chargent eux même...

L'iPhone n'a pas changé la donne pour les utilisateurs pour qui le jeu n'est qu'un "plus" sur leur téléphone : de nombreux bons jeux continuent de sortir en Java. Mais pour ceux pour qui le jeu est une priorité, l'iPhone est devenu le téléphone de premier choix.

Conclusion

En tant que joueur c’est toujours avec regret que l’on apprend la disparition prématurée d’une plate-forme de jeu, surtout quand celle-ci a accueillie d’excellents titres. Mais à la lecture des nombreuses erreurs de Nokia, on ne peut cependant pas avoir le même sentiment d’injustice que celui ressenti par beaucoup de joueurs lors de l’échec de la Dreamcast de Sega.

Et maintenant ? La voie est libre pour l’iPhone pour s’imposer comme le seul appareil combinant à la fois téléphone mobile et console de jeu. En attendant la riposte d’Android, ou de Sony et Nintendo...

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